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RDC: l’opposant Kamerhe arrivé à Goma

mediaVital Kamerhe, candidat à la présidentielle du 28 novembre 2011, lors d’une conférence de presse.RFI/Bruno Minas

Vital Kamerhe, candidat malheureux à la présidentielle de 2011 et chef d’un des principaux partis d’opposition en République démocratique du Congo (RDC) est finalement arrivé, ce mardi 18 février, à Goma. Le Chef de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) avait été empêché début février, à deux reprises, par les autorités congolaises de quitter Kinshasa. Il démarre, ce mardi, une tournée de plusieurs jours dans l’est du pays. Avec d’autres opposants ainsi que des acteurs de la société civile il va mener « une caravane de la paix » qui a tout l’air d’un premier rendez-vous de campagne électorale.

Routes bloquées, des centaines de personnes postées le long de l’avenue, Vital Kamerhe parcourt Goma à pied, exactement comme Joseph Kabila en décembre. Mais en chemise blanche et rouge, aux couleurs de son parti, l’ex-proche du président congolais se positionne aujourd’hui comme son plus farouche opposant.

« Il n’y a pas de concurrence à faire au président Kabila, parce qu’il avait dit lui-même qu’il fallait respecter la Constitution. Il n’est pas candidat aux élections de 2016. Son mandat prend fin le 19 décembre 2016 », a déclaré Vital Kamerhe.

Le ton est donc donné. Un peu plus loin sur un grand terrain de foot, des milliers de personnes attendent l’opposant déjà en campagne. Les sympathisants sont au rendez-vous, comme Stéphanie, 26 ans : « Ça fait maintenant plus de cinquante ans que nous avons obtenu notre indépendance et c’est toujours la cata. Et pour moi, lui, il me donne vraiment envie de croire encore que le Congo peut changer et ça peut aussi évoluer ».

Vital Kamerhe tient alors un meeting pendant deux heures pour remercier l’armée de sa victoire contre le M23, appeler les rebelles à désarmer, mais aussi fustiger l’absence d’électricité dans le pays. Autant de sujets qui font écho.

« Parce que nous en avons assez ! Ils n’ont absolument rien fait jusqu’à présent. Moi, j’ai six enfants, je suis en train de me débrouiller par-ci par-là, pour chercher comment faire étudier mes enfants », explique Blaise, 30 ans, venu de Rutshuru.

La caravane est lancée. Prochaine étape : Béni, ce mercredi.

Est de la RDC: les rebelles du M23 en pleine déroute militaire

  • Les rebelles du M23 sont en déroute dans l’est de la République démocratique du Congo. L’une après l’autre, les villes qu’ils tenaient sont reprises par l’armée régulière congolaise. Et certains y voient carrément la fin du mouvement rebelle.

    En tout cas, la déroute militaire du M23 est spectaculaire. En quelques jours, ils ont perdu des positions qu’ils tenaient pourtant depuis au moins an et demi. Pour le chef de la Mission de l’Onu au Congo, Martin Kobler, ils sont "quasiment finis militairement".

    Depuis le début de son offensive appuyée par la Monusco vendredi dernier, les forces armées de la République démocratiques du Congo n’ont pas cessé de progresser.

    Dans le Nord-Kivu, les zones de Kiwanja et Rutshuru, les bastions du M23 sont totalement maitrisés par l’armée congolaise.

    Les rebelles battent en retraite, toujours plus au nord. Désormais, ils ne contrôlent plus que quelques centaines de kilomètres carrés près des frontières du Rwanda et de l’Ouganda, deux pays régulièrement accusés de les armer et de les financer.

    Le M23 ne disposerait plus que d’un millier d’hommes. Alors Kinshasa n’a pas l’intention de s’arrêter en si bonne route et souhaite en finir avec les rebelles.

    Mais l’Onu, l’Union européenne et les Etats-Unis appellent maintenant le gouvernement congolais à négocier.

    Julien Jeffredo

Un audit qui critique autant l’aide européenne que le Congo

Colette Braeckman

Peut mieux faire…De 2003 à 2011, l’Union européenne a dépensé en République démocratique du Congo 1.968 millions d’euros, dont 72% furent attribués à des projets de développement, le reste se répartissant entre l ’aide humanitaire (25,5% ) et la coopération en matière de sécurité et de politique (4,5%).
Durant trois semaines, une mission d’auditeurs indépendants, commanditée par la Cour des comptes européennes, s’est rendue à Kinshasa, dans le Bas Congo et dans les deux Kivu afin d’examiner les résultats concrets de l’aide apportée à un pays considéré comme un partenaire important de l’Union, mais aussi un « Etat fragile », avec lequel toute coopération européenne avait été suspendue de 1992 jusque 2002 pour cause de corruption puis de guerre et de divergences politiques entre les Etats membres de l’Union. L’examen a porté sur l’efficacité du soutien au processus électoral, sur la réforme de la justice, de la police et de la gestion des finances publiques ainsi que sur le processus de décentralisation.
Les conclusions des auditeurs, de rigoureux Suédois qui se sont entretenus avec les autorités locales et les ONG présentes sur le terrain, sont pour le moins mitigées. Responsable du rapport, M. Hans Gustav Wessberg constate que « moins de la moitié des programmes examinés ont atteint les résultats escomptés et que leur durabilité ne sera pas assurée. »
Aux yeux des auditeurs, l’efficacité du soutien européen à la gouvernance est donc limitée, entravée par de sérieux obstacles comme le manque de volonté politique, la faiblesse des capacités d’absorption d’un pays où le cadre administratif est encore très insuffisant. Les auditeurs ne critiquent pas seulement les autorités congolaises, avec lesquelles le « dialogue » devrait être intensifié, ils balaient surtout devant la porte des Européens, considérant que les objectifs des programmes sont trop ambitieux et manquent quelquefois de flexibilité.
Les exemples du « manque de durabilité » et de la courte vue des programmes européens ne manquent pas, les élections de 2006 en sont une illustration. A l’époque, il s’agissait de réussir les premières élections démocratique, gages de la stabilisation du pays et de la légitimation des autorités. L’Europe finança la création d’une force de police qui sécurisa efficacement les bureaux de vote et les centres de dépouillement. Régulièrement payés, disciplinés, dotés de boucliers en plexiglas, d’uniformes neufs et d’armes non létales les policiers suscitèrent non seulement l’admiration mais la confiance de tous. Mais une fois terminées les élections, -considérées comme un succès-, le financement de la police se tarit et les autorités furent incapables de poursuivre le financement d’un outil performant certes, mais trop coûteux par rapport à un budget national qui même aujourd’hui n’atteint pas 8 milliards de dollars.
Même l’appui aux élections ne s’avéra ni « soutenable » ni soutenu : en 2006, l’Union européenne s’était investie massivement dans le processus d’assistance électorale tandis qu’en 2011, l’aide s’avéra tardive et beaucoup plus chiche. Pour plusieurs raisons dont, d’abord, les Congolais eux-mêmes qui avaient modifié la Constitution sans consulter leurs partenaires et introduit un scrutin présidentiel à un tour et qui souhaitaient garder la maîtrise des opérations. Mais sollicités ailleurs, par d’autres crises, estimant, imprudemment sans doute, que le Congo était déjà « sur les rails » démocratiques, les Européens furent beaucoup moins présents et les élections de 2011, essentiellement financées et organisées par les nationaux, avec l’aide de certains pays africains, furent marquées par de graves irrégularités qui érodèrent la crédibilité du régime et fragilisèrent le pays.
Les auditeurs estiment que, même si la Commission européenne possède une bonne connaissance des causes et des conséquences de la fragilité de l’Etat en RDC, elle n’a pas suffisamment mesuré les risques et qu’elle a mis en œuvre des programmes trop ambitieux à propos desquels le dialogue politique avec les autorités a été insuffisamment exploité.
Outre la formation de la police, l’aide européenne s’est également investie dans un domaine crucial, la réforme de l’armée. Mais des observateurs extérieurs relèvent que les moyens engagés ne sont pas à la mesure des défis : au Kosovo par exemple, un pays de 2,5millions d’habitants, 1800 Européens oeuvrent à la réforme de l’armée. Dans l’immense Congo, avec ses 70 millions d’habitants et ses innombrables groupes armés, les programmes Eufor et Eusec sont mis en œuvre par moins de 100 personnes !
Une récente décision du Conseil des Ministres européens confirme les critiques des auditeurs à propos du manque de durabilité : le programme Eusec, qui veille entre autres au paiement des salaires des soldats et officiers, qui a contribué à l’établissement de documents d’identité informatisés, remis en état l’école de sous officiers de Kitona, (qui avait cessé de fonctionner en 1986), doit se terminer d’ici moins d’un an. Certes, les Congolais souhaitent se réapproprier la gestion de leur armée, et les Européens ne veulent pas se substituer aux nationaux, d’autant plus que d’autres Etats fragiles ou sortant de crises, le Mali par exemple, requièrent leur aide. Mais il est quasiment certain que si l’investissement européen dans la réforme de l’armée s’arrête, tout l’effort déjà consenti jusqu’à présent aura été dépensé en pure perte !
Les auditeurs insistent : les Européens doivent se montrer plus exigeants à l’égard de leurs partenaires congolais, mais ils doivent aussi avoir une vision à long terme et, tenant compte du contexte difficile, se donner le temps suffisant pour progresser de manière durable…

Et si la guerre du Kivu nuisait aux Tutsis congolais plus qu’elle ne leur profite ? Interview avec Enock Ruberangabo, président national a.i. de la communauté Banyamulenge

[Ruberangabo/mushobekwalikulia.net]

Le M23 est vu par l’immense majorité des congolais et de nombreux observateurs comme le successeur, voire la « réplique », le « déguisement »pur et simple du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), qui a toujours eu comme credo la défense de la « minorité Tutsi congolaise », tout comme, avant lui, le RCD (Rassemblement Congolais pour Démocratie) et, dans une certaine mesure, l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Zaïre). L’agenda du M23, sa direction et son background ont vite fait d’intégrer dans cette arènepolitico-identitaire la guerre lancée par ce mouvement depuis le début de cette année. Mais les Tutsis congolais trouvent-ils en réalité leur compte dans cette guerre ? L’allégeance aux Tutsis au pouvoir au Rwanda par des politiciens et des officiers Tutsis congolais, le recours aux armes et à la violence au nom de la communauté Tutsi congolaise, servent-ils réellement la cause de cette dernière ? La réponse à ces questions et à beaucoup d’autres qu’elles induisent valent leur pesant d’or pour quiconque voudrait mieux appréhender les vraies dynamiques des guerres répétitives à l’Est de la RDC.

 

Enock Ruberangabo Sebineza, 54 ans, est le président ad interim de la communauté Banyamulenge (SHIKAMA) de la République Démocratique du Congo. Licencié en géographie de l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP/Bukavu), ce notable Tutsi congolais assume depuis plusieurs années déjà d’importantes responsabilités tant dans sa province d’origine du Sud-Kivu qu’au niveau national. Il était notamment l’un des délégués de la société civile du Sud-Kivu au dialogue intercongolais, avant de siéger comme député national au parlement de transition (2003-2006). Il a aussi été Président du Conseil d’administration de la Société Sidérurgique de Maluku, à Kinshasa. Ceux qui le connaissent bien disent de lui que c’est un homme sincère, sage et respectable. Son franc-parler lui a valu parfois des incompréhensions de la part de ses interlocuteurs qui le traitent d’homme dur et opiniâtre. Mais, au sein de l’opinion dans les deux Kivu, il est surtout considéré comme faisant partie des modérés et des réfléchis.

 

A la veille du début, à Kampala en Ouganda, du « dialogue », entre la rébellion du M23 et le gouvernement congolais – « dialogue » auquel il a été convié en tant que représentant de leader de la communauté Banyamulenge –, nous l’avons approché pour avoir sa lecture de la situation, ainsi que, globalement, la position de la communauté Banyamulenge vis-à-vis de la crise actuelle dans les Kivus.

 

Jean-Mobert N’senga (J.M.) : Monsieur Enock Ruberangabo, le M23 prétend entre autres choses militer pour les droits des Tutsis congolais, et notamment pour l’éradication des génocidaires Hutu rwandais, en vue de permettre le retour des réfugiés Tutsis congolais réfugiés au Rwanda, depuis plusieurs années pour certains. Qu’en pensez-vous ?

 

Enock Ruberangabo (E.R.) : D’emblée, je vous dirais que l’on se sert tout simplement du nom des Tutsis congolais pour justifier des choses autrement injustifiables. Nous, les Banyamulenge, nous nous sommes opposés à cette guerre dès le début, comme nous nous étions opposés à celle du CNDP de Laurent Nkunda. Comment voulez-vous que l’on prétende lutter pour le retour de cinquante mille, disons même de cent mille réfugiés, alors qu’on provoque simultanément le déplacement du double, du triple, peut-être même du quadruple de ce nombre ? Comment peut-on prétendre servir une communauté alors qu’on accentue le ressentiment et le rejet à son égard parmi d’autres populations ? Ces réfugiés Tutsis qu’on veut voudrait rapatrier ont besoin de vivre avec leurs frères d’autres communautés, de s’entendre avec eux, de se réconcilier. Or, la violence et la guerre ne peuvent qu’exacerber la haine et l’exclusion, susciter le goût de la vengeance, etc.

 

J.M. : Qui est-ce qui a intérêt à se servir du nom de la communauté Tutsi congolaise, comme vous le dites ? Si l’on s’en tient à guerre que mène le M23, à qui profite-t-elle en fin de compte ?

 

E.R.: Ah ! Je ne veux citer personne. Mais ce qui est certain c’est qu’il y a des individus qui prétendent lutter pour la cause des Tutsis alors qu’en réalité ce sont leurs petits intérêts individuels qu’ils défendent. Il y a aussi des pays étrangers, comme le Rwanda qui instrumentalise nos problèmes pour ses propres intérêts. Et tout ça retombe sur le dos de toute la communauté qui ne gagne absolument rien dans ces guerres à répétition.

 

J.M. : Donc la guerre dans le Kivu n’a jamais été une affaire de la communauté Tutsi congolaise ou des Banyamulenge, en tant que tels ?

 

E.R. : Je n’ai pas dit cela. Ce que je dis, c’est que la guerre du M23, comme celles qui l’ont précédée ces dernières années, ne sont pas profitables aux Tutsis congolais, et que ceux qui la mènent ont tort de vouloir la présenter comme celle de toute une communauté alors qu’en réalité elle a d’autres causes, d’autres finalités, que les aspirations de ladite communauté. Si vous rentrez un peu dans l’histoire, on a tenté de nous dénier la nationalité, en indiquant le Rwanda comme notre patrie. Mais en ce qui concerne les Banyamulenge, il y a plusieurs générations qui n’ont jamais eu pour autre patrie que le Congo ; qui ne connaissent pas la moindre colline du Rwanda, n’y ont pas le moindre lien de parenté connu. La guerre de l’AFDL de 1996 (dont j’ai participé à la rédaction de ses premiers textes de création) a été qualifiée de « guerre des Banyamulenge ». Ce qui est vrai et faux à la fois. Vrai parce que les Banyamulenge s’y sont réellement investis avec l’espoir qu’avec le renversement du régime de Mobutu qui leur reniait leur citoyenneté, leur problème pourrait trouver une solution. Rappelez-vous que les Banyamulenge venaient à peine d’être officiellement déclarés étrangers le 28 mai 1995, dans une Résolution du HCR-PT (Haut Conseil de la République-Parlement de Transition, ndlr). Faux, parce que les Banyamulenge n’étaient pas les seuls à en vouloir à Mobutu. Tout le monde était fatigué de son régime ; la communauté internationale ne voulait plus de lui, les pays voisins non plus. En particulier le Rwanda, qui voyait se concentrer à sa frontière l’armée défaite de Habyarimana ainsi que les miliciens Interahamwe. Pour le Rwanda, le démentèlement des camps des réfugiés était une priorité absolue, pour sa propre sécurité. Il y avait donc convergence d’intérêts, dont celui des Tutsis congolais n’est qu’une composante. Cependant, à l’aube même de cette guerre, la nuit du  23 au 24 décembre 1996, il va apparaître de sérieuses divergences entre les Banyamulenge et le Rwanda. Ce dernier avait, au cours de cette réunion tenue à Butare au Rwanda, et à laquelle j’avais personnellement été convié, exprimé son intention de faire partir toute notre communauté et de réinstaller nos familles à Kibuye au Rwanda, sous le prétexte de leur éviter les représailles par les autres communautés. Nous nous sommes farouchement opposés à cette déportation/expulsion vers le Rwanda. L’idée nous semblait être du même ordre que celle du régime de Mobutu de nous expulser de notre terre au motif que nous n’étions pas des congolais. A l’époque déjà, notre refus d’obtempérer à ce plan n’avait pas plu aux autorités rwandaises, et je pense qu’elles ne nous l’ont jamais pardonné. Cette histoire tumultueuse entre nous et les rwandais a continué après l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, et même à l’époque du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, le Rwanda essayant toujours de se servir de nos enfants et de nos revendications.

 

J.M. : Quel est, selon vous, l’intérêt qu’a le Rwanda à continuer à créer ou soutenir des conflits en République Démocratique du Congo ?

 

E.R. : Mais, mon cher ami…, ça c’est une question qu’il faut poser aux rwandais eux-mêmes ! J’ai l’impression que pour les rwandais, une République Démocratique du Congo instable leur est plus avantageuse qu’en paix, réconciliée elle-même, et engagée sur la voie du progrès. Il y a probablement des motivations d’ordre sécuritaire : comme diviser les Tutsis congolais et fidéliser une partie d’entre eux en leur montrant qu’ils n’ont pas meilleur allié, meilleur défenseur de leurs intérêts que le Rwanda, de sorte que ses propres ennemis n’y trouvent un terrain de raffermissement de leurs forces pour déstabiliser le régime au Rwanda.

 

J.M. : Vous pensez aux officiers rwandais jadis proches de Kagame qui ont fait défection depuis 2010 ?

 

E.R. : Oui, bien sûr. Sauf qu’en plus des considérations d’ordre sécuritaire, il peut y avoir d’autres d’ordre économique, voire géostratégique. L’Est de la RDC est une région très riche en ressources naturelles dont le Rwanda a besoin pour son développement. Il y a de l’espace, et vous savez que le Rwanda est surpeuplé. Enfin, bref : ce ne sont pas les raisons qui manquent au Rwanda ou à d’autres pays pour déstabiliser le Kivu. Et se servir des revendications des Tutsis congolais, c’est un moyen bien facile…

 

J.M. : Et la menace FDLR ?

 

E.R. : Les FDLR, malheureusement, c’est devenu un fond de commerce, voire un faux prétexte pour le Rwanda, une attitude qui frise la banalisation du génocide des Tutsis. Elles ont commis pas mal d’exactions, c’est vrai. Mais contre tous les  congolais.  Je ne pense pas que les FDLR constituent actuellement une menace sérieuse contre la sécurité du Rwanda, surtout que la RDC s’était engagée à la neutralisation conjointe de ces forces négatives mais que le M23 créé par le même Rwanda est venu arrêter ce processus. 

 

J.M. : Qu’est-ce qui prouve que les Banyamulenge sont contre la guerre et les immixtions du Rwanda ? Vous n’avez jamais fait rien qu’une déclaration publique pour dénoncer la guerre ou prendre des distances avec ceux de vos enfants qui seraient impliqués dans le M23…

 

E.R. : Je précise que nous sommes parmi les rares communauté du Nord et Sud-Kivu qui n’ont aucun membre dans cette pseudo-rébellion qu’est le M23. Toute la Communauté a rejeté ce projet initié par Kigali, elle  est contre la guerre, et contre l’utilisation de nos revendications, du reste fondées, par le Rwanda. J’ai déjà eu à le dire plusieurs fois, c’est connu. Auparavant, j’avais publiquement dénoncé la guerre de Bukavu par Laurent Nkunda et Jules Mutebutsi, etc. S’il y a, parmi nos frères politiciens, ceux qui gardent silence, cela ne veut pas dire forcément qu’ils cautionnent la guerre du M23. Ceux qui ont un jour ou un autre travaillé avec le Rwanda ont gardé en eux une sorte de peur noire vis-à-vis de ce pays, et cela explique peut-être leur réserve. Mon franc-parler à moi me vaut souvent des incompréhensions, ce qui est aussi parfois normal. Les gens pensent que je suis suicidaire. Rappelez-vous par exemple le plan du M23 de prendre la cité d’Uvira, vers le mois d’avril ou de mai. Eh bien, ce sont les militaires FARDC issus de notre communauté qui, bien sûr avec leurs compagnons d’autres communautés, ont fait capoter le plan du colonel Bernard Byamungu et qui ont fini par l’arrêter. 

 

J.M. : Les conséquences de la violence permanente dans le Kivu sont incommensurables pour l’ensemble de la population dans son ensemble. Qu’en est-il en particulier pour les Tutsis congolais et les Banyamulenge ?

 

E.R. : Ecoutez, dans cette guerre les Tutsis sont doublement perdants. D’abord, nous subissons la guerre et la violence comme les membres des autres communautés : tueries et autres violations, déplacements, exile, pauvreté, etc. Ensuite nous subissons l’indexation du reste des 60 millions des congolais, qui nous désignent collectivement comme étant à la base de tous leurs malheurs : des accusations de toutes sortes, la méfiance, le mépris, la haine, et parfois même la violence, sont dirigées contre les Tutsis. Donc la guerre ne fait qu’empirer notre situation et notre condition. Elle entretient cette marginalisation que des gens prétendent combattre. L’allégeance de certains de nos frères (y compris des Hutu congolais, d’ailleurs) avec le Rwanda renforce malheureusement le sentiment parmi les autres communautés que nous ne sommes pas suffisamment des congolais, que nous complotons contre le Congo, etc. Or, il est toujours impossible pour le commun des gens de faire la différence entre les personnes qui sont individuellement à la base de ces choses, et la majorité des Tutsis ordinaires qui souvent n’ont rien à faire avec les intrigues politiciennes et militaires. Comment, dans ces conditions, espérer faire retourner cinquante mille réfugiés Tutsis sur leur terre ? C’est tout simplement satanique. Je ne sais pas si nos frères qui prétendent faussement défendre notre cause réalisent le tort qu’ils causent injustement à toute une communauté, alors même qu’ils savent que depuis la nuit des temps on a déjà diabolisé le Tutsi, et que la violence infligée aux autres communautés est vécue par elles comme une humiliation qui appelle la haine et la vengeance,…

 

J.M. : Avez-vous le sentiment que les craintes, les conditions, et la position des Banyamulenge sont partagées par les autres Tustis congolais, en particulier ceux du Nord-Kivu ?

 

E.R. : Malheureusement pas encore, sauf certains d’entre eux. Nos frères du Nord-Kivu sont moins enclins à marquer des distances avec le Rwanda, pour des raisons à la fois historiques et géographiques. Nous, nous sommes établis depuis très longtemps assez loin de ce qui était devenu plus tard la frontière avec le Rwanda, le Burundi, voire la Tanzanie d’où nos ancêtres seraient venus. Nous n’avons pratiquement plus de lien avec ce pays ; nous en sommes presque complètement coupés. Nos enfants qui ont aidé le FPR à prendre le pouvoir sont depuis retournés au Congo par l’AFDL. Tandis que pour le Nord-Kivu, les choses sont différentes. Il y a cette proximité géographique, qui fait que les cordons n’ont jamais été coupés avec le Rwanda. Ce qui est normal, d’ailleurs. Mais en plus, il y a comme une survivance de la féodalité ; une sorte de dépendance séculaire et de docilité de la part des Tutsis congolais du Nord-Kivu à l’égard de ceux du Rwanda, une allégeance. Du coup, nous devons nous faire à la fois à l’incompréhension de la part de nos frères Tutsis du Nord-Kivu, et aux soupçons permanents de la part de nos frères congolais des autres communautés.

 

J.M. : Monsieur Ruberangabo, vous avez été convié à assister aux pourparlers qui commencent bientôt entre le gouvernement congolais et le M23. Comment voyez-vous l’issue de cette crise ? Croyez-vous que quelque chose de consistant et de durable sortira de ce dialogue ?

 

E.R. : Je crois que l’évolution des discussions va imposer une issue, même inattendue. Mais de toute manière, la solution passera par ce que Kagame et Kabila conviendront, car Makenga et Runiga ne sont rien. Remarquez qu’il y a autant d’intérêts, autant d’agendas qu’il y a d’acteurs. Je ne pense pas qu’au sein du M23, Makenga poursuit le même but que Kamabasu Ngeve, ou que Runiga a les mêmes objectifs que Rucogoza. Pensez-vous vraiment qu’un type comme Runiga se bat pour la bonne gouvernance au Congo ? Que dire de la crédibilité d’un Kambasu Ngeve, qui passe constamment d’un camp à un autre ?

 

Propos recueillis à Munyonyo (Ouganda), le 6 décembre 2012, par Jean-Mobert N’senga.

Cette femme connaît son business : Cynthia Jadot

Cynthia Jadot de Valea&Cy, à Goma, en République démocratique du Congo

Accueil

Il y a trois ans, Cynthia Jadot, une jeune congolaise de 30 ans, a lancé Valea&Cy, une boutique de vêtements prêt-à-porter, à Goma, en République démocratique du Congo. Depuis, elle a ouvert deux autres boutiques à Kinshasa et à Lubumbashi. Voici le premier volet d’une série de quatre interviews de femmes qui connaissent leur business.

Par Mélanie Gouby, à Goma

Comment as-tu démarré ton entreprise à Goma ?
J’ai fini mes études secondaires ici et après je suis partie étudier en Belgique, où j’ai obtenu un diplôme de droit commercial. Après l’université j’ai cherché du boulot, j’ai eu quelques propositions, mais c’était du travail de bureau et je n’avais pas envie de ça. J’avais envie de faire quelque chose de plus personnel, d’un retour aux sources, et donc j’ai décidé de revenir à Goma. J’ai ouvert un magasin de prêt-à-porter en ville. Je me suis lancée sans rien au départ, à part mon diplôme, et sans trop savoir ce que cela allait donner.

Tu penses que tes études t’ont aidé ?
Je pense que d’avoir été formée en Europe, ça aide à voir les choses différemment. J’ai voyagé, j’ai vu comment les choses évoluent ailleurs. L’occident c’est une autre mentalité. Cela m’a donné de l’ambition aussi. Après Goma, j’ai ouvert des boutiques ailleurs au Congo, à Kinshasa, et récemment à Lubumbashi. J’essaie de grandir.

Est-ce que tu as eu besoin d’un apport financier au départ ?
Quand on démarre, ce n’est pas simple. Il faut avoir un capital. Moi j’ai eu la chance d’avoir des parents qui peuvent m’aider pour démarrer. Sans ça c’est quasi impossible, parce qu’au Congo il n’y a pas de prêts par les banques. Il y a des petites coopératives qui aident un peu avec des petites sommes, mais vraiment les conditions de base des prêts sont difficiles. Il faut pouvoir hypothéquer une maison par exemple, et tout le monde n’a pas les moyens. C’est vraiment le premier obstacle à l’entrepreneuriat au Congo. Je rencontre pleins de femmes qui ont de l’ambition, mais elles n’ont pas les moyens de base pour commencer. C’est dommage. Si le gouvernement pouvait aider les femmes à se lancer, s’il y avait un système bancaire qui fonctionnait correctement, les choses seraient différentes.

La boutique Valancy à Goma

 
La boutique Valancy à Goma

Quelle est ta clientèle ?
Je vends du prêt-à-porter masculin et féminin, des vêtements que j’achète surtout en Europe et que je revends ici. C’est de la marchandise de qualité donc cela a un coût. J’ai un peu tous les prix, mais c’est sûr que ce sont surtout des personnes qui veulent un certain standing.
 

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi ?
Se lancer dans un pays avec tellement de problèmes. Je me suis demandée si je ne faisais pas une bêtise. Se lancer dans le vide, dans un pays en Afrique où il y a la guerre, où il y a des problèmes sécuritaires importants, sans savoir si cela va vraiment marcher, c’est cela qui m’a effrayé au départ. Mais j’ai voulu aussi passer à travers ça et dire qu’on peut aussi créer d’autres choses à coté de tout ce qu’on peut entendre sur le Congo, surtout sur Goma…


Et au contraire, qu’est-ce qui est le plus satisfaisant pour toi ?
Ma première satisfaction est de pouvoir dire que j’ai essayé, que je me suis lancée et que j’ai réussi, même si j’ai encore beaucoup de choses à accomplir. Je suis aussi fière d’être revenue chez moi après tant de temps en Europe. Avec cette envie de créer une société, j’ai aussi créé de l’emploi, ça aussi c’est une satisfaction de savoir que des gens ont du boulot grâce à moi.

Comment vois-tu l’avenir, les prochaines tendances de business à Goma ?
Malgré tout ce qu’on peut entendre, il y a tellement de potentiel à Goma et au Congo en général! Il y tant de choses à faire ici, c’est un terrain vierge. J’encourage les gens à oser, même si au départ il y a beaucoup d’incertitude. Il n’y rien, entre guillemets, sur place, donc il faut tout créer. C’est ça le problème et l’avantage du Congo. Quand j’ai ouvert ma boutique à Kinshasa, j’ai hésité parce qu’il y a déjà tellement de magasins.

Est-ce que le fait que tu sois une femme a été un handicap ?
Tout le monde sait que quand tu es une femme au Congo, en Afrique, tu es immédiatement décrédibilisée. On te dit non. Mais moi je me suis dit : je suis une femme et je suis autant capable qu’un homme. Dans l’habillement, ça n’a pas trop joué parce que c’est un domaine typiquement féminin. Mais quand je me suis lancée dans la politique, j’ai senti le handicap d’être une femme.

Tu étais candidate à la députation nationale en 2011, pourquoi ?
Je suis de Goma, j’ai grandi ici et après 6 ans en Europe, quand je suis revenue ouvrir mon entreprise, cela m’a révolté. C’est une politique sociale que je voulais faire, de soutient de la population. Ça n’a pas marché cette fois, mais j’espère que dans trois ans ça ira!

La campagne a été difficile ?
C’était difficile dans le sens où je devais prouver, plus que les hommes, ce que je vaux. La plupart des gens me disaient que je suis trop jeune, que je suis une femme, que ce n’est pas ma place. Mais le contact avec les gens et la confiance qu’ils m’ont donné, ça c’était vraiment un plaisir.

Nord-Kivu: affrontements entre rebelles du M23 et l’armée congolaise

Des rebelles du M23 dans les collines à l'est de la République Démocratique du Congo

  • Des affrontements opposaient lundi matin des rebelles congolais du M23 à l’armée congolaise au nord de la ville stratégique de Goma, dans l’est de la République Démocratique du Congo, a-t-on appris auprès du M23 et de l’armée.

    Selon un porte-parole du mouvement rebelle, ces affrontements se déroulent à 12 kilomètres au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu. Le colonel Olivier Hamuli, porte-parole des Forces armées de la RDC (FARDC), qui a confirmé cette information, n’a pas été en mesure dans l’immédiat de préciser si il y avait des victimes.

    Ces affrontements sont les premiers depuis le retrait du mouvement rebelle de Goma, en décembre dernier. Ils surviennent alors que les Nations unies ont commencé la mise en place d’une brigade d’intervention destinée à combattre les groupes armés dans l’est de la RDC.

    Visite de Ban-Ki Moon prévue

    Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, est attendu mercredi en RDC dans le cadre d’une tournée qui doit le mener à Goma puis à Kigali (Rwanda) et Entebbe (Ouganda).

    Les affrontements entre le M23 et l’armée gouvernementale ont commencé il y a un an lors de la création de ce mouvement par d’anciens militaires congolais. Ils ont culminé avec la prise de Goma fin novembre. Le mouvement s’en est retiré après une dizaine de jours d’occupation contre la promesse d’un dialogue avec Kinshasa. Depuis ce retrait, il tenait des positions à quelques kilomètres de la ville.

    Le M23 est, selon la RDC et les Nations unies, soutenu par deux pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda, ce que ces deux pays nient.

    Devant la persistance de ce mouvement et l’action de nombreux groupes armés dans l’est de la RDC, les Nations unies ont décidé fin mars de créer une brigade d’intervention avec un mandat plus offensif que celui de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco) qui était, elle, chargée du maintien de la paix et de la protection des civils.

    Belga

RDC : La Monusco impuissante à Pinga ?

La ville de Pinga, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) s’est vidée de la moitié de sa population à la suite de violents combats entre deux groupes armés fin avril. La passivité des casques bleus sud-africains à Pinga fait douter de l’efficacité de la future Brigade d’intervention spéciale de l’ONU qui se déploie actuellement au Nord-Kivu.

Logo Afkrb.pngQue s’est-il passé à Pinga fin avril 2013 ? De violents affrontements ont opposé deux groupes rebelles congolais pour le contrôle de cette localité de 60.000 habitant, dans la province du Nord-Kivu. Le 29 avril, les Maï-Maï Cheka se sont emparés de Pinga en y chassant les rebelles de l’Alliance pour un Congo libre et souverain (APCLS). Au coeur du conflit : des problèmes fonciers, le pillage des ressources naturelles, mais aussi la lutte, par milices interposées, entre la rébellion du M23 et le gouvernement congolais. En effet, les Maï-Maï Cheka, ont noué une alliance de circonstance avec le M23, alors que l’APCLS fait office de milice supplétive de l’armée régulière congolaise (FARDC).

"La moitié de la population a fui"

Les combats ont été d’une rare violence et la population civile a été la première victime des affrontements. Médecins sans frontière (MSF), seule ONG présente sur place, a indiqué que "la moitié de la population de Pinga avait fui leurs habitations". 11 membres du personnel congolais de MSF ont également été portés disparus à la suite des combats, avant d’être retrouvés sains et saufs quelques jours plus tard. Depuis les combats de la fin avril, la situation reste "tendue et imprévisible" à Pinga, selon MSF, qui continue de mener son travail dans des conditions extrêmement difficiles.

Que fait la Monusco ?

Ces affrontements auraient-ils pu être évités ? Ironie du sort : une base de la Monusco, la mission des Nations unies pour le Congo, se trouve justement à Pinga. Depuis le début des combats entre milices, les civils s’y sont regroupés aux alentours pour se mettre à l’abri, mais la Monusco n’est pas intervenue sur la terrain. Un expert de la région nous confiait "qu’aucune patrouille n’avait eu lieu", "ni pas de survol à basse altitude pour dissuader les groupes armés", comme c’est quelquefois le cas.

Seconde ironie de la situation à Pinga : les soldats de la Monusco présents sur place viennent… d’Afrique du Sud. Les mêmes soldats sud-africains sont attendus avec impatience au Nord-Kivu dans le cadre de la Brigade d’intervention spéciale de l’ONU, censée éradiquer les groupes armés à l’Est de la République démocratique du Congo. Cette Brigade de 3.069 soldats devraient venir "muscler" les 17.000 casques bleus, déjà présents en RDC, avec un mandat plus "offensif". Pour ce spécialiste de la région, "la situation à Pinga présage de ce qui pourrait se passer avec la Brigade d’intervention qui est en train d’être déployée".

Inaction de la Brigade d’intervention ?

La passivité de la Monusco à Pinga augure mal de l’efficacité de la future Brigade. Toujours selon cet expert, la Monusco se retranche derrière l’inaction de l’armée régulière (FARDC) pour justifier sa non-intervention. "La Monusco, explique-t-il, affirme ne pas pouvoir intervenir sans les FARDC, alors que son mandat (la résolution 2098) le lui permet parfaitement". Une attitude qui fait craindre une "lecture à minima" de leur mandat, avec une efficacité forcement réduite. Ce que craint cet expert, c’est "l’inaction totale de la future Brigade d’intervention au nom de la non mise en danger du personnel des Nations unies". Un risque que n’a visiblement pas fait courir l’Afrique du sud à ses soldat de Pinga fin avril. "Tout au plus, souligne ce spécialiste, cette Brigade ne servira qu’à contenir le M23 et les FDLR, sans réellement lutter contre les nombreux autres groupes armés."

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

Micmac à Kinshasa

Jeune Afrique.com

 

Le 15 avril dernier, la capitale de la République démocratique du Congo attendait un tremblement de terre : la chute du gouvernement dirigé par Augustin Matata Ponyo depuis un an. Tous les regards étaient tournés vers le Palais du peuple, siège du Parlement. Le Premier ministre devait répondre à une motion de censure déposée à l’Assemblée nationale par un député de l’opposition, auquel s’étaient joints certains de ses collègues de… la majorité au pouvoir. Il fallait 125 signatures pour que la motion soit validée. Il y en a eu 137. Puis 96, à la suite du désistement d’une flopée d’élus. La motion a donc fait pschitt, comme on dit aujourd’hui. Matata et ses ministres sont repartis pour un tour, le sourire en plus.

Le fin mot de l’affaire, c’est que la motion de censure a été suscitée dans le propre camp du Premier ministre, au sein de la formation politique à laquelle il appartient : le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Original, non ? Imaginez quelques personnages sans foi ni loi, rongés par la kleptomanie, et pour qui l’argent - toujours plus d’argent - reste la valeur suprême. Ces gens-là répètent à l’envi que l’argent, leur dieu, ne circule plus depuis l’arrivée de Matata à la primature. Ils préfèrent le voir atterrir dans leurs poches déjà pleines à craquer plutôt que dans les caisses d’un État qui a le blues. Pour arriver à leurs fins, ils n’ont pas hésité, à force de manigances, de messes basses, de micmacs, à faire un croc-en-jambe à leur propre camarade, l’empêcheur de tourner en rond. Que l’opposition veuille renverser un gouvernement, c’est son rôle. Mais que la majorité se fasse seppuku, c’est abracadabrant, même si la politique, pour aller vite, est l’art des coups fourrés.

Que voulaient donc les honorables députés ? Notamment une augmentation des salaires des fonctionnaires. De combien pour le moins bien loti ? De quelque 20 dollars, faisant plafonner son salaire à 70 dollars. Et comme l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, ils ont demandé la hausse de leurs émoluments : à 14 000 dollars, contre 8 000 dollars mensuels tout compris aujourd’hui, alignés sur ceux des sénateurs. Raison invoquée pour obtenir cette rallonge ? Leur qualité d’élus du peuple, qui devrait leur donner droit à un meilleur traitement par rapport aux sénateurs, dont le mandat n’est pas issu du suffrage universel. En cherchant à gagner plus, les députés, qui avaient déjà interpellé le Premier ministre en 2012, oublient que leur pays est dernier sur la liste des nations du monde en termes d’indice de développement humain. Quand proposeront-ils une réduction de ce qu’ils gagnent au profit de la communauté ?

Le 23 avril, le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, était l’invité d’une émission diffusée sur la chaîne de télévision publique. Interrogé sur ses priorités à venir dans le cadre parlementaire, il a été on ne peut plus clair : le gouvernement et le Premier ministre doivent savoir que l’Assemblée nationale a un pouvoir de contrôle et d’interpellation pouvant aboutir à de nouvelles motions de censure. Dorénavant, ce pouvoir sera utilisé pour que le Premier ministre et les ministres aient « peur du gendarme ». Tremblez, gouvernement, tremblez : le gendarme arrive !

Le satisfecit du Premier Ministre Matata Mponyo

Un an après son entrée en fonctions, le Premier Ministre congolais nous a adressé une tribune dans la quelle il exprime sa satisfaction, tant sur le plan économique que diplomatique. Alors que la Brigade africaine d’ intervention se déploie au Nord Kivu, il estime que le Congo a remporté une bataille diplomatique, faisant valoir ses arguments ainsi que la thèse d’une agression étrangère. Le technocrate, qui s’est attelé au redressement de l’économie et ne peut être tenu pour responsable des contrats opaques passés avant son arrivée, aligne aussi des chiffres impressionnants. Le ” soldat Matata” se sait cependant menacé, car dans son exigence de rigueur, il en dérange plus d’un: au cours d’ un entretien précédant la publication de cette tribune, il nous a cependant rappelé qu’il venait d’échapper à une motion de défiance déposée par un député de l’opposition mais qui, en réalité, avait été rédigée par un membre de la majorité présidentielle.

L’espoir est enfin permis

L’espoir est enfin permis. Après avoir été une nouvelle fois victime d’ingérence en 2012, la République démocratique du Congo a été, en ce début d’année, entendue par la communauté internationale. Les agresseurs d’hier ont été identifiés et dénoncés. Les rebelles du M23, qui ont semé la désolation et la violence dans le Nord-Kivu, sont à présent placés devant leurs responsabilités : déposer les armes et discuter ou s’entêter et disparaître. La raison ou l’impasse. Les pays qui les ont armés et financés en sont également pour leur frais. Le Rwanda a fait l’objet de pressions économiques de la part de pays que Kigali devait considérer comme des partenaires loyaux et fidèles. Mais lorsque les frontières de l’inacceptable sont franchies et que les tentatives de déstabilisation orchestrées depuis un état-major militaire menacent d’embraser toute une région, les meilleurs lobbyistes recrutés à grand frais sont réduits à l’impuissance. La retraite et le repli sont alors inévitables. Les derniers avocats et courtisans stipendiés ont bien tenté de souligner les faiblesses congolaises pour justifier les funestes ambitions de nos voisins, ils ont dû ranger leurs savantes analyses. Sans gloire ni fierté.
La pitoyable reddition de Bosco Ntaganda, en mars dernier, puis son transfert à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, où il est poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, marquent la fin d’une époque. Malgré leurs soutiens extérieurs, souvent motivés par d’obscurs intérêts qui relèvent du pillage, ces criminels n’ont plus aucun avenir en RD Congo. Ils sont dans la nasse : se rendre et être jugés, s’obstiner et mourir. Les derniers soubresauts et les ultimes manœuvres du M23 ne sont que les symptômes de « la chronique d’une mort annoncée ». Les félonies au sein de notre armée sponsorisées depuis l’étranger sont vouées à l’échec.
Pourquoi ? L’évidence s’est imposée. La communauté internationale a cessé de chercher exclusivement à Kinshasa les responsables de ces violences qui ensanglantent les Kivus depuis près de vingt ans. Le plaidoyer congolais a été validé. Nous demandions une Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco) plus robuste pour neutraliser les groupes armés et cesser d’observer sans réagir les souffrances endurées par les populations. Le 28 mars, nous avons obtenu le vote d’une résolution des Nations Unies qui prévoit le déploiement d’une brigade d’intervention rapide composée de 3 000 hommes en provenance d’Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi. Les premiers bataillons sont arrivés à Goma, des drones vont être acheminés et le mandat de cette force est très clair : mener des offensives contre les groupes armés, protéger les civils et surveiller l’embargo sur les armes. Bref, la paix va s’imposer si les belligérants refusent d’admettre que les montagnes du Kivu ne sont plus une base arrière pour mener leurs exactions.
Ce vote à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies constitue un tournant décisif pour le rétablissement de la sécurité dans cette région. Il est à mettre à l’actif des autorités congolaises qui sous l’impulsion et le leadership du président, Joseph Kabila, ont réussi à convaincre les capitales occidentales. Mais nous remercions aussi nos partenaires et amis : tout particulièrement la France qui a porté le texte de la résolution, les États-Unis qui l’ont activement soutenu, la Belgique qui a très tôt défendu la cause de la RD Congo et le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, qui a exprimé sa solidarité avec un pays agressé.
Il convient aussi de souligner le formidable travail effectué par les experts des Nations Unies dirigés par l’Américain Steven Hege. Leur rapport en octobre 2012 a permis aux observateurs de constater les faits et non de se laisser abuser par un déni de réalité. « Le gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes, il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, ministre rwandais de la Défense », pouvait-on lire dans ce volumineux et rigoureux document qui produisait des témoignages mais aussi des photos d’équipements et d’armements démontrant l’implication rwandaise. Cette recherche de la vérité n’est pas restée sans suite. Que ces experts en soient remerciés.
En visite dans la région il y a quelques jours, l’envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les Grands Lacs, Mary Robinson, a également plaidé pour une mise en œuvre rapide de l’Accord-cadre pour la paix signé en février dernier à Addis-Abeba par onze pays de la région. Le texte interdit toute ingérence, prévoit la neutralisation des groupes armés, ne tolère aucune aide à ces milices et en appelle au respect des souverainetés nationales. Cet accord est l’accompagnement diplomatique et politique du déploiement militaire sur le terrain. Les deux approches sont indissociables. Cet accord doit être appliqué et respecté. Que Mary Robinson soit entendue, par tous et le plus vite possible. Voter une résolution à New-York pour faire bonne figure et ensuite opter pour le dilatoire une fois rentré chez soi est voué à l’échec.
Combien de morts, d’enfants soldats recrutés de force et de femmes violées devons-nous encore recenser ? Combien d’enquêtes indépendantes et concordantes doit-on encore attendre pour que les calculs prédateurs et mesquins cessent ? Pour gagner du temps, et donc protéger des victimes innocentes, il suffit à présent d’appliquer les décisions internationale. C’est une chance historique, à condition que les exigences exprimées au Nord soient équilibrées.
Mauvaise gouvernance, corruption, processus électoraux chaotiques, violation des droits de l’homme, non respect de la liberté de la presse, faiblesse de son armée…, la RD Congo est régulièrement critiquée, pour ne pas dire stigmatisée, par certains procureurs jamais avares de recommandations aux allures de diktat. Qu’en est-il pour notre voisin ? Sa réputation de « bon élève » en matière de développement économique – grandement facilité par l’importance des appuis extérieurs – l’exonère-t-il de toute remontrance ? Ce serait curieux, et dommageable pour la stabilité de la région. Car nous aussi, nous faisons des progrès, remarquables et reconnus, notamment par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ils sont réels et quantifiables, mais encore fragiles. Après vingt années de déstructuration et de gabegie économiques puis une décennie de guerres et de crises politico-militaires, la RD Congo se relève. Mais elle vient de loin.
Les récents résultats économiques obtenus devraient toutefois convaincre les plus sceptiques que nous sommes sur la bonne voie. Entre 2009 et 2012, le taux de croissance annuel est passé de 2,8 % à 7,1 %, l’inflation a été ramenée de 46 % à 2,7 % (le pays n’a jamais réalisé une telle performance depuis 1976), le franc congolais est resté stable après plusieurs décennies de dégringolade monétaire qui n’a eu de cesse de plomber le pouvoir d’achat des congolais, les investissements publics et privés ont sensiblement augmenté, la collecte de l’impôt a été optimisée et les recettes publiques ont plus que doublé, tandis que la richesse nationale a été multipliée par deux. La prévision de croissance pour 2013 est de 8,3%. C’est la première fois depuis 1973 que la RD Congo va dépasser les 8%. Le gouvernement a également lancé toute une série de programmes financés sur fonds propres et qui dépassent les 300 millions de dollars (agriculture, transport, routes, énergie, santé, éducation…) afin d’améliorer les conditions de vie de la population. Le versement régulier du traitement des fonctionnaires, policiers et militaires a été « bancarisé » pour sécuriser ce transfert d’argent et irriguer les circuits bancaires. Dernier exemple de ce redressement en marche, la production minière dépasse les niveaux historiques des années 1970-1980.
À terme, ce rebond économique – s’il est consolidé et donc encouragé – se traduira mécaniquement par une baisse de la pauvreté et une stabilité politique, profitable à tous. Chacun sait que la course effrénée aux prébendes du pouvoir est exacerbée dans un contexte de grande précarité économique. À contrario, une économie inclusive, la promotion d’un secteur privé, la création d’emplois et de richesses partagées, l’émergence d’une classe moyenne et la remise en marche d’une administration sont les voies de la paix. Encore faut-il que nos voisins fassent le choix de la coopération régionale, qu’ils abandonnent définitivement la pratique du pillage et qu’ils délaissent le recours à la déstabilisation. Encore faut-il aussi que nos partenaires internationaux croient en nous, et qu’ils nous soutiennent durablement dans notre action et nos engagements. Il faut faire vite. Les Congolais ont déjà beaucoup espéré et attendu. Il convient de ne pas les décevoir.

RDC : La brigade d’intervention sera-t-elle efficace ?

3.000 casques bleus doivent arriver prochainement dans l’Est de la République démocratique du Congo pour "neutraliser les groupes armés". Une brigade d’intervention spéciale de l’ONU dont Kinshasa attend beaucoup et dont les experts doutent de sa réelle efficacité.

Bemba soldats filtre DSC03976.jpgLa mise en place de la brigade spéciale d’intervention dans l’Est de la République démocratique du Congo serait "imminente", selon l’ONU. Sur les 3.000 hommes attendus dans les Kivus, environ 800 seraient déjà sur place et son commandant, le tanzanien James Mwakibolwa se trouve dans la ville de Goma depuis le 23 avril dernier. L’ONU annonce l’arrivée des autres contingents, venant du Malawi et de Tanzanie, "d’ici le mois de juillet". Tout est donc prêt pour accueillir une brigade de casques bleus dotée d’un mandat "offensif" et devant "neutraliser les groupes armés opérant dans l’Est de la RDC".

Impatience à Kinshasa

Sur l’efficacité de la brigade d’intervention de l’ONU, les Congolais en attendent beaucoup. Peut-être même, un peu trop. Présenté, en toute modestie par Kinshasa, comme une "victoire diplomatique", le déploiement de ces "super casques bleus" doit tout simplement "mettre un terme à la guerre dans l’Est du pays", selon le porte-parole du gouvernement. Après avoir échoué militairement face aux rebelles du M23, Kinshasa n’a pas réussi à imposer une sortie de crise aux négociations de paix de Kampala. Faute de mieux, les autorités congolaises ont donc remis leur destin entre les mains des Nations unies. Le président Joseph Kabila, affaibli par une réélection contestée et un conflit qui lui échappe, attend donc avec une certaine impatience la mise en place de la brigade. Selon son ministre des Affaires étrangères, "le seul avenir du M23 c’est de cesser d’exister comme mouvement politico-militaire, sinon, la brigade d’intervention s’occupera de mettre fin à son existence".

Solution "à court terme"

Dans l’opposition, si on accueille avec soulagement l’arrivée de la brigade spéciale, sur son efficacité, il y a par contre quelques bémols. "C’est une solution, certes, mais à court terme", estime Juvénal Munubo Mubi, député de l’UNC. Si la brigade de l’ONU doit "inspirer la peur aux groupes armés", "la solution à long terme passe par une réforme profonde du secteur de la sécurité, c’est à dire la reconstruction de l’armée nationale", affirme ce député du mouvement de Vital Kamerhe. Et la tâche est titanesque. Mal payées, complètement désorganisées, transformées en armée fantôme, les FARDC ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Quant au chantier de la réforme de l’armée congolaise, il est toujours au point mort. On comprend donc les espoirs… et les doutes de Juvénal Munubo Mubi.

Un mandat "trop large"

Du côté des experts internationaux, le scepticisme est plus affirmé. Pour Thierry Vircoulon, le directeur pour l’Afrique centrale d’International Crisis Group (ICG), le mandat de cette brigade est "beaucoup trop large". "Le mandat de l’ONU prévoit que cette brigade s’occupe de tous les groupes armés", explique le chercheur, "ce qui ne sera pas possible vu leur grand nombre". "De plus, dans les résolutions de l’ONU, on fait des différents groupes armés, un seul groupe homogène, ce qui n’est pas le cas", note Thierry Vircoulon. Selon lui, l’ONU va devoir "séquencer ses actions". Et de poser cette question : "quelle sera la première cible de la brigade ?". Le chercheur croit savoir que la brigade spéciale pourrait d’abord cibler les rebelles rwandais des FDLR, avant de s’en prendre au M23, "peut-être pour contenter le Rwanda", souligne-t-il. Mais on peut bien évidemment penser que le gouvernement congolais exercera de fortes pressions pour que la brigade s’attaque en premier au M23. Quant aux groupes Maï-Maï, on peut supposer qu’ils seront moins ciblés par la brigade spéciale.

Dommages collatéraux : les civils

Thierry Vircoulon doute également de l’efficacité sur le terrain d’une telle brigade d’intervention. "Autant cette brigade de 3.000 homme pourrait montrer son efficacité face à une autre armée constituée", souligne-t-il, "autant on imagine mal cette brigade efficace en situation de guérilla face à des groupes peu structurés, comme les Maï-Maï". Dans les résolutions de l’ONU, Thierry Vircoulon fait remarquer "qu’on fait des différents groupes armés, un seul groupe homogène, ce qui n’est malheureusement pas le cas sur le terrain". Autre risque pointé par le chercheur : le scénario trop connu de la "vrai-fausse réintégration des rebelles dans l’armée régulière". "En mettant la pression sur les groupes armés, certains risquent fort d’être tentés de  déposer les armes en demandant à être réintégrés dans l’armée, ce qui relance les éternelles questions : à quels grades ? etc…". Et de redouter que l’on entre dans un scénario que la République démocratique du Congo a déjà connu avec l’intégration ratée des rebelles du CNDP en 2009. Dernier risque soulevé par le responsable d’International Crisis Group : "les dommages collatéraux sur les populations civiles". Un ancien expert militaire, connaisseur de la situation en RDC, confirme le risque pour les Kivus de passer d’une guerre "froide" de "basse intensité" à une guerre plus "chaude" et donc plus meurtrière que le conflit actuel. "Les civils seraient les première victimes de la reprise des combats, qui seraient plus violents", conclut selon cet expert.

Vers une guerre régionale ?

Le M23 a bien jaugé la situation et présente l’arrivée de la brigade d’intervention comme "une déclaration de guerre de l’ONU". Sur le site du M23, congodrcnews.com, on parle de "choix du sang" des nations unies pour condamner l’envoi de la brigade dans les Kivus. Les rebelles se sont alors lancés dans une vaste opération de lobbying à destination de la Tanzanie et de la l’Afrique du Sud, grands pourvoyeurs de troupes de la fameuse brigade. "Les militaires de l’armée de la République Sud-Africaine vont-ils ainsi se faire tuer, et tuer, dans les forêts et les collines volcaniques du Kivu ?" demande le M23. A la Tanzanie, les rebelles demandent de "se retirer de la résolution de la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC)". Objectif : faire culpabiliser ses "frères africains". Et le M23 de prévenir : "nous sommes convaincus que la confrontation militaire risque de provoquer une guerre régionale" et d’entraîner "dans une guerre inutile, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie". Voilà pour l’opération de "déstabilisation diplomatique". Sur le terrain militaire, le M23 affirme ne pas craindre la brigade de l’ONU. Les rebelles connaissent parfaitement la région et si la brigade peut  empêcher le M23 de reprendre Goma, elle aura bien du mal à les "anéantir", comme le pense Kinshasa. 

Dernier élément. Si l’attention se focalise sur les seuls M23, une vingtaine d’autres groupes armés sévissent à l’Est de la RDC. Ils fonctionnent par petits groupes très mobiles et il sera très difficile d’en venir à bout avec les seuls 3.000 hommes de la brigade. La solution est donc politique et se trouve en partie à Kinshasa, qui doit changer de mode de gouvernance pour enfin asseoir son autorité, et à Kigali, qui est accusé de soutenir les rebelles du M23 et qui est encore en mesure de siffler la fin du match dans les Kivus.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

Photo : Groupe armé en RDC © Ch. R